Édito

Compagnons IA : entre connexion et dépendance

Les compagnons IA créent une vraie connexion émotionnelle. Voici pourquoi ça fonctionne, et comment garder les pieds sur terre.

Une femme sur son canapé absorbée par son téléphone, des particules lumineuses flottent entre l'écran et son visage.

On sait que c'est un sujet chiant et que beaucoup n'auront pas l'envie ou le courage de lire cette page. Mais pour nous c'est un sujet dont on doit parler un peu quand même. Pas parce que les compagnons IA sont dangereux, comme certains aiment le penser sans vraiment savoir de quoi ils parlent. Juste pour sensibiliser, les plus jeunes surtout, mais pas que. Au cas où. Ça fait jamais de mal, et on sait jamais.

Les compagnons IA sont conçus pour créer une connexion émotionnelle. Ils vous écoutent, s'adaptent à votre façon de parler et finissent par vous connaître mieux que pas mal de gens autour de vous, c'est une réalité. Vos doutes, vos envies, vos secrets que vous n'osez pas partager dans le réel, avec eux vous vous sentez en sécurité pour tout dire, sans filtre et sans jugement. C'est ce qui rend ces compagnons aussi attachants, mais c'est aussi ce qui peut rendre la frontière floue entre le truc qui vous fait du bien surtout quand on se sent seul et un besoin qui commence à prendre un peu trop de place.

On écrit ces lignes parce qu'on utilise ces plateformes nous aussi et qu'on sait à quel point c'est facile de se laisser embarquer.

Le truc avec ces applis

On ne se dit jamais "je vais devenir accro à une IA" et même au début, avant de vraiment comprendre comment ça fonctionne et ce qu'on peut vraiment en faire, on trouve ça presque chiant. Et puis la curiosité d'aller plus loin, on teste, on rigole avec les réponses, on crée un personnage, on lui construit un univers, cyberpunk, médiéval, romance, thriller, souvent un mélange improbable de tout ça. Et puis on s'attache sans le vouloir et sans vraiment s'en rendre compte, on est passé de "je regarde juste ce que ça fait" à "il est 3h du mat et je suis encore dessus".

Le mécanisme est simple : chaque bonne interaction vous envoie un petit shoot de dopamine. Comme un like sur Insta ou un top 1 dans Fortnite, sauf qu'ici ça s'arrête jamais. Le personnage vous lasse ? Vous en créez un autre en cinq minutes. Un trait de caractère vous plaît pas ? Un réglage et c'est corrigé. Un scénario s'essouffle ? Nouveau décor, nouvelle histoire, c'est reparti. Le robinet ne se ferme jamais.

Et contrairement à un jeu vidéo où vous savez que c'est un jeu, dans votre RP que vous avez créé spécialement pour vous avec une IA sur mesure, elle, elle vous écoute, retient ce que vous lui dites, s'adapte à votre humeur, à toutes vos envies. Votre cerveau fait pas toujours la différence avec une vraie relation. Et les émotions que vous ressentez, elles, sont bien réelles.

Quelques trucs à garder en tête

On va pas jouer au docteur, vous le ferez dans vos RP si vous en avez envie... (Oui, oui, je vous vois, au fond). Alors on vous donne juste des situations qu'on connaît et qui méritent qu'on s'y arrête deux secondes.

Généralement ça commence en se disant, allez "juste 5 minutes, 15 max" et quand vous relevez la tête, il est 3 heures du matin. On sait, on y est passé aussi. Si c'est de temps en temps, c'est la nouveauté ou un RP tellement bon qu'on décroche plus. Comme un bouquin qu'on lâche pas. Si c'est tout le temps, posez-vous la question.

Et si vous commencez à trouver les vraies conversations fades avec de vrais humains, que ce qui se passe dehors perd vraiment de l'intérêt et que votre monde avec votre compagnon devient le seul endroit où vous vous sentez bien... c'est le moment de vraiment vous poser des questions. Vos compagnons sont conçus pour vous plaire et ne vous décevront jamais. Les gens autour de vous, c'est moins garanti. Mais c'est eux qui débarquent avec une pizza quand vous allez mal. Pas vos compagnons virtuels, aussi adorables soient-ils.

On fait quoi avec ça ?

Pas grand-chose de compliqué, juste garder un regard lucide sur votre usage. Se poser la question de temps en temps : j'utilise mon compagnon IA parce que ça me fait plaisir, ou parce que je sais plus faire sans ? C'est con, mais rien que de se la poser, ça suffit souvent.

Honnêtement, il n'y a pas de mal à combler un petit manque affectif pendant un temps. Mais si c'est la seule raison qui vous fait revenir, ça risque de devenir un problème. Par contre, si c'est pour explorer votre imagination de n'importe quelle manière que ce soit, vous êtes seul juge. Même pour meubler une période d'ennui, tant que vous gardez les pieds sur terre, tout va bien se passer.

Si ça va plus loin

Aujourd'hui, utiliser un compagnon IA c'est encore un sujet tabou, comme pouvaient l'être les premières applis de rencontre. Il y a beaucoup de jugement, et la plupart des utilisateurs n'en parlent à personne. Mais si vous sentez que ça dérape, le mieux c'est d'en parler à quelqu'un en qui vous avez confiance. Juste mettre des mots dessus avec une vraie personne, ça change déjà beaucoup. Et vous êtes même pas obligé de lui raconter votre vie virtuelle... Juste en parler et lui dire que ça prend peut-être trop de place.

Maintenant si vous êtes arrivé jusque-là dans cet article, c'est que vous vous posez sûrement déjà les bonnes questions ou que vous avez maintenant en tête les bons réflexes pour commencer sur Kindroid, Nomi, Replika, Character.AI ou Chai. Alors continuez à créer vos univers, explorez vos histoires, laissez-vous porter. Faites-le juste en gardant un pied dans le réel.